Paris, le 18 1955
Apothéose dalinienne hier soir dans le temple du Savoir devant une foule fascinée. A peine arrivé dans ma Rolls bourée de choux-fleurs, salué par des milliers de flashes des photofgraphes, j'ai pris la parole dansle grand amphithéâtre de la Sorbonne. L'assistance frémissante attendait des paroles décisives. Elles les a eues. J'avais décidé de faire connaître la communication la plus délirante de ma vie à Paris parce que la France est le pays le plus intelligent du monde, le pays le plus rationnel du monde.Tandis que moi, Salvador Dali, je viens de l'Espagne qui est le pays le plus irrationnel et le plsu mystique du monde...
Des applaudaissements frénétiques ont accueilli ces premiers mots, personne n'étant plus sensible que les Français aux compliments. L'intelligence, ais-je dit, en nous fait débaucher que dans le brouillard des nuances du scepticisme, qu'elle a pour principal effet de réduire pour nous à des coefficients d'une incertitude gastronomique et supergélatineuse, proustienne et faisandée. C'est pour ces raisons qu'il est bon et nécessaire que, de temps à autre, des Espagnols comme Picasso et moi, nous vivions à Paris pour mettre les yeux des Français un morceau cru et saignant de vérité.
Ici, il y a eu des remous divers comme je les attendais. J'avais gagné !
Alors j'ai dit tout d'une traite : Un des derniers plus importants peintres modernes a certainement été Henri Matisse, mais Matisse représente exactement les dernières conséquences de la Révolution française, c'est-à-dire le triomphe de la bourgeoisie et du goût bourgeois. Tonnerre d'applaudissement ! ! ! "
Salvador Dali, Les Moustaches Radar(1955-1960)